Femmes et hommes tissent les liens du coeur

8 mars 2010 par

Allons adultes du monde entier,  femmes et hommes tissent les liens du coeur.
Douceur, dynamisme et joie pour l'éternité, l'étendard de la paix est levé !
Nos enfants sont éduqués dans la culture du respect de soi, des autres et de l'environnement
Sur le métier à tisser les liens de solidarité, gagnons la victoire de l'universalité

Ainsi, pour la journée internationale de la femme,   pourrions-nous  entonner joyeusement l'hymne universel pacifiste du 21 ème siècle. Nous enterrerions alors définitivement celui de l'archaïsme patriarcal, dont le sang "impur" n'a que trop douloureusement abreuvé les sillons des barbaries nationalistes, depuis des siècles.

 …"si le cœur des hommes est impur, leur terre est impure, mais si leur cœur est pur, leur terre l'est également. Ainsi, il n'y a pas deux sortes de terres, pure et impure en elles-mêmes. Il n'y a que la pureté ou l'impureté de notre cœur" . Dans "L'atteinte de la boddhéité". Nichiren Daishonin. L1T, vol 1, p.3 Edition ACEP. 

Il n'y a pas deux sortes de  sang, non plus,  pur ou  impur en eux-mêmes,  dès lors que notre sang est le flux et le reflux régénérant  de notre terre intérieure.  Comment donc  sortir de nos schémas comportementaux  aliénés à ses éducations guerrières et compétitives, stériles, écrasantes de notre humanité ? Cela est-il possible sans nous pacifier individuellement, sans nous purifier corps et esprits, coeurs et âmes, sans cultiver patiemment notre sillon humain intérieur,  en y semant et arrosant avec persévérance et détermination les graines fertiles de la culture de paix ?

La culture de guerre, infantilisante, bestiale et névrotique, ne laisse à la féminité en l'homme que peu de droit de s'exprimer, ne valorisant prioritairement que ses aptitudes dominatrices "hyper-masculines". A l'inverse et tout aussi schématiquement, elle brime la masculinité des femmes,   ayant alors du mal à prendre toute leur place au soleil, subissant et acceptant la violence, s'en faisant même parfois "complice",  dans la soumission. Les hommes n'échappent finalement pas à ces schémas, non plus. On voit bien aussi que la violence est subie par tous de multiples manière, même si la femme subit fatalement plus celle de l'homme maltraitant. Chacun réagit différemment, dans la soumission et/ou la domination, à moins de trouver une voie pacificatrice et régénératrice de son propre comportement , pour s'affranchir de ces aliénations éducatives et comportementales.

Ce serait naturellement négliger le rôle du féminisme dans la société que de réduire la place des femmes à un schéma de soumission, et nier la réalité de l'évolution chez les hommes en ce qu'ils sont aussi à l'écoute de la sensibilité dite féminine. En même temps, l'évolution  peut trouver ses limites dans l'idée que ce n'est pas en se comportant "comme les hommes", "par rapport à eux", que les femmes peuvent être véritablement elles-mêmes, respectées, libres et heureuses. Pas plus que c'est en s'identifiant au modèle féminin que les hommes peuvent s'épanouir réellement, en tant que tels. C'est d'abord de l'homme ou de la femme en nous dont il s'agit, que l'on soit d'un sexe ou l'autre,  pour ce qui est de notre connaissance de nous même.

Ceci dit,  du chemin vers l'égalité reste à faire, autrement dit vers la réduction des inégalités, le rétablissement des équilibres salutaires et bénéfiques pour tous, interdépendant du bonheur de chacun. Voilà qui me semble nécessairement associé à la diminution de la violence, et ainsi à la nécessité d'établir un monde en paix,  sur la base d'une éducation non-violente, créatrice de cette  paix. C'est en nous même que nous pouvons trouver le chemin de l'équilibre, de l'harmonie entre nos composantes féminines et masculines,  nous rendant alors créatifs et agissants humainement, pacifiquement,  de manière constructive et fertile, pour soi et les autres, pour l'humain et son environnement.

La symbolique du soleil n'est ici pas anodine, en ce que ce dernier est au père, à la fécondation rayonnante et rassurante, en théorie, ce que la lune est en son doux reflet et sa réceptivité  toute aussi féminine que maternelle.  Naturellement chacun de nous, au delà  de son identité sexuée de femme ou d'homme, est dotée d'une psyché à la fois "mâle et femelle", émettrice et réceptrice. L'anima est l'élément féminin en chaque   l'homme. L'animus est cette composante masculine chez la femme, enseigne le maitre du processus d'individuation,  Karl Gustav Jung , grand sage de la psychologie des profondeurs.

Selon une théorie simplifiée et controversé concernant l'asymétrie cérébrale, notre cerveau gauche gèrerait globalement  les fonctions dites "masculines", organisatrices, calculatrices, structurantes  de notre psychologie et nos comportements dit "rationnels".  Notre cerveau droit, lui, se consacrerait à la partie féminine, intuitive, sentimentale,  réceptrice et imaginative, manifestant ce qui relève à la foi de "l'irrationalité", tout autant que de la force du coeur. Ceci étant sujet à exploration scientifique et controverses, demande  prioritairement à être vu comme une approche méritant recherche et approfondissement. Il appartient aux  scientifiques de nous éclairer sur les fonctions du cerveau.

La communication harmonieuse des composantes de la psychée,  en nous,  reliées à la conscience corporelle et celle du monde environnant, permet surtout l'expression créatrice et dynamique de sa personnalité, libre et heureuse sur terre. C'est l'harmonie, la non dualité du soi et de son environnement, toujours en mouvement et en évolution. Rien n'est naturellement figé de ce point de vue idéal. L'être , tout comme la nature sont en devenir à chaque instant. Chacun évolue à son rythme,  part de là ou il en est  et se redresse aussi de là ou il tombe, pour mieux renaître à lui-même, pour se ré-enfanter à l'univers.

L'individuation Jungienne fait référence à la dynamique évolutive intérieure de chacun, sur ce chemin de maturation initiatique qu'est la vie, dans l'expansion d'une conscience du Soi, tendant à s'humaniser. Je la rapproche du processus de la révolution humaine, "ce changement en conscience dans notre coeur, notre esprit, d'abord, ce  qui fait que le monde change autour de nous", enseigne mon mentor, Daisaku Ikeda. Le moyen de cette révolution, chemin d'observation du coeur dans la méditation active (pratique du mantra Nam Myoho Renge Kyo) ,  est ici la pratique essentielle du bouddhisme Soka de Nichiren. Elle est tout à fait compatible avec nos réalités culturelles et scientifiques occidentales, en ce qu'elles s'enrichissent, se revitalisent et se complètent mutuellement.

D.Ikeda  encourage constamment les femmes qui sont généralement plus nombreuses que les hommes sur les chemins de développement spirituels. Il s'agit de ceux  qui conduisent à la paix, à la recherche de l'établissement de celle-ci, dans son propre coeur, rayonnant alors autour d'un soi  progressivement plus serein,  fort et solide, pacifiant alors l'environnement dans l'épanouissement de sa personnalité. C'est en tout les cas l'expérience bouddhique relatée par de nombreux pratiquants.

Il est indéniable que les psychologies justifiant de la culture de la guerre, de la compétition sans pitié, déshumanisantes et destructrices,  ont à faire un chemin d'intégration de la dimension féminine, en elles-mêmes. L'herbe de la simplicité relationnelle ne repousse plus, là où "la testostérone" alimente les cerveaux abusivement conquérants, blessants et méprisants de la sensibilité des êtres subissant ce machisme, cette masculinité exacerbée. Je sais ce qui correspond aussi à ce que fut ma propre éducation, et ce qu'il  faut  remettre sans cesse sur l'ouvrage de l'introspection, pour mieux polir sa vie au contact de celle des autres, tel un clair miroir. C'est dans ce dialogue à la foi intérieur et extérieur que nous tissons progressivement les fils de l'humanisme, ceux des liens du coeur  que peuvent  sans cesse créer les femmes et les hommes qui brandissent fièrement l'étendard de la paix.

Yann Patin de Saulcourt

Illustration "Femme-Soleil"  Monique Patin de Saulcourt © 2010

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